Pour ce qui est de la prononciation, le français populaire, tel qu'il est parlé à Paris, ne diffère guère du français académique que par des nuances légères qu'il est assez difficile d'analyser, mais qui ont leur importance parce qu'elles permettent aux Parisiens de déceler facilement ceux qui sont des étrangers à leur ville. Par exemple, et c'est surtout sensible dans les basses classes sociales — celles qui parlent l'argot — certaines syllabes traînent parfois, d'une façon d'ailleurs fort peu élégante ; certaines voyelles sont déformées : la voyelle a tend, selon la génération et le milieu, soit vers è (ce qui donne un son analogue à l'a anglais dans cat), soit vers o. Ces nuances seront faciles à mettre au point, soit par le contact avec le milieu populaire, soit en écoutant les phrases enregistrées par un parisien de naissance, l'auteur de la mise en ligne sur internet de cette méthode.
Non sans avoir conscience de simplifier un peu trop, nous énoncerons pour les étudiants étrangers cette affirmation :
« Il n'existe pas d'accent tonique en français. »
En se contentant de suivre cette formule simpliste, ils éviteront le martèlement des phrases qui les ferait reconaître à coup sûr. Le seul véritable accent fort est l'accent d'insistance ; il porte sur la première consonne d'un mot et traduit une émotion ou un sentiment très marqués (exemple : C'est épouvantable !). À cause de sa nature même, il ne nous a pas paru souhaitable d'en préciser la place.
La prononciation « figurée » reportée sur les boutons à côté des phrases des leçons et des exercices s'adresse essentiellement aux étrangers. Elle doit être lue selon les règles de prononciation du français et elle pourra être entendue en cliquant sur lesdits boutons. Nous avons cherché à éviter les pièges conventionnels — toutefois nous avons admis que dans cette prononciation figurée :
w se prononce toujours comme en anglais c'est-à-dire comme le w de watt.
œ se prononce comme le ö allemand de schôn (comme en français le eu de feu ou de chaleur).
ë représente l'e « muet »... quand justement il n'est pas muet (comme l'e de cheval).
Souvent, en effet, les étrangers se demandent quels sont, parmi les e caducs, c'est-à-dire susceptibles de tomber à l'oral, ceux qu'il faut faire effectivement tomber. Qu'ils n'aient pas de scrupules excessifs ! Pour les Français eux-mêmes l'usage est fort mouvant, la prononciation variant avec le sujet parlant, avec ses intentions ou ses émotions, avec le contexte, etc.
Une phrase comme celle-ci :
Le signe ~ placé au-dessus de la lettre n dans an, on, in, un, indique des voyelles nasales comme dans lampe, ombre, pinceau, lundi, la syllabe un se confondant d'ailleurs pratiquemment avec in dans le langage parisien.
L'h indiqué dans la prononciation figurée n'est pas aspiré ; il marque simplement qu'il n'y a pas de liaison, ou plus exactement que la liaison est purement vocalique.
Par exemple la prononciation indiquée pour pas aussi comak est : pahôssikomak, et non pas : pazôssikomak ; le peuple fait très peu de liaisons (les liaisons supposent d'ailleurs qu'on sache l'orthographe) ; c'est pourquoi les personnes qui font des cuirs, c'est-à-dire des liaisons fautives, sont doublement ridicules : elles veulent s'élever au-dessus du commun, et montrent clairement qu'elles n'en ont pas les moyens. De ces prétentieux le peuple dit vigoureusement qu'ils veulent péter plus haut que l'cul (pété plu hô këlku).
Enfin l'apostrophe indique la suppression de l'e muet même devant les consonnes, aussi bien au milieu qu'à la fin des mots.
Il nous est agréable de remercier ici les éminents professeurs de la Sorbonne qui n'ont pas jugé indigne d'eux d'apporter leur contribution à la partie phonétique de notre travail, et qui l'ont fait avec une bonne grâce et une modestie vraiment charmantes.