« La Méthode à MiMile », l'argot sans peine. Luc Étienne & Alphonse Boudard

avec la voix d'Avĉjo MoKo

Leçon 2 | Les ratiches à mon p'tit frelot

1- Les ratiches(1) à(2) mon p'tit frelotLes dents de mon petit frère
(1) Ne pas confondre : ratiche : dent, et, ratichon : curé ! Dent se dit également : chocotte, croc, crochet, tabouret, domino.
(2) De, préposition marquant en français l'idée de possession, est généralement remplacé par à (mais pas toujours) quand le possesseur est un être animé.
2- elles(3) sont longues comme des baïonnettes(4),sont très longues,
Cf. leçon 1, note 2 : on ne dit passes ratiches sont longues, mais ses raticheselles sont longues
En français, « avoir les dents longues » c'est être doué d'un grand appétit, et au figuré faire montre d'une grande ambition. L'argot qui ajoute à cette image celle des baïonnettes, laisse entendre que cette ambition est féroce et sans scrupule. Pour traduire simplement l'idée qu'on a grand faim on pourra dire simplement :j'ai les crocs
3- mais la roupane à ma franginemais la robe de ma sœur
4- elle est tout ce qu'y a de plus miniest extrêmement courte.
5- Son(5) tarin à ton cloporte(6) il est comac,Le nez de ton concierge est grand,
(5) Adjectif possessif superflu, puisquetarin a un complément déterminatif ; cette tournure est très courante.
(6) Cloporte : concierge (d'un calembour : ilclôt laporte).
6- mais quand même pas aussi mastardmais toutefois pas aussi énorme
7- que le zob(7) à mon grand-dab.que le membre (viril) de mon grand-père.
(7) Zob (de l'arabe zobb, zebb) : membre virilMon zob ! : interjection marquant un refus énérgique, une dénégation.Peau de zébi : rien (zebbi, en arabe, mon membre). Rien peut se dire égalementpeau de balle (ou, enverlan, c'est-à-dire en retournant les syllabes du mot :balpeau, oula peau, ou (par apocope de 'que la peau')que lape.Ajout de MoKo rien peut aussi se direque dalle.
8- Mon proprio, son tutu(8) il est au poil,Le vin de mon propriétaire est excellent,
(8) autre façon courante de former le complément de nom avec un adjectif possessif superflu qui joue un rôle analogue à celui que joue, en anglais ou en allemand, l's du génitif saxon : le chien de ma sœur, my sistr's dog,ma frangine son clébard.
9- mais le caoua de ma bignolle vaut que tchi.mais le café de ma concierge ne vaut rien.
10- La tire au toubib elle est drôlement badoureLa voiture du médecin est fort belle
11- mais la chiotte à ma belle-doche, c'est le(9) vrai veau !(10)mais celle de ma belle-mère manque singulièrement de reprise.
(9) Emploi, très courant dans la langue populaire, de l'article définile pour l'indéfiniun : il s'agit duveau type, duveau par excellence.
(10) Veau a) Cheval ou voiture manquant de nervosité
b) Femme sans réaction au cours de l'assaut amoureux
c) Au pluriel, l'ensemble des Français, selon une formule du général De Gaulle.
12- Le beaujol il est grisolle, dans ce troquet ?Le vin de beaujolais est-il cher dans ce café ?
13- Il est pas chéro, mais y vaut pas lerche non plus ...Il n'est pas cher, mais il ne vaut pas grand chose non plus ...
14- et pis c'est pas du beaujolpif !et, qui plus est ce n'est pas vraiment du Beaujolais !

Exercice

1- Le tarin à mon grand-dab.
2- La bignole à ma belle-dab.
3- Son caoua, au toubib, y vaut pas lerche.
4- Ma frangine, sa tire elle est grisole.
5- Son beaujol au cloporte il est au poil.